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Le portrait dit « Marie-Antoinette à la rose » est
la référence de ce portrait. Il fut réalisé en
1783 par la portraitiste officielle de la Cour, Madame Elisabeth
VIGÉE-LEBRUN. La souveraine, née en Novembre 1755,
avait donc 28 ans. Elle avait, à cette date, donné naissance à deux
enfants : une fille aînée en 1778 (Marie-Thérèse-Charlotte,
dite Madame Royale) et, en 1781, un premier fils (Louis-Joseph)
qui devait décéder à l’âge de
8 ans. Deux ans après ce portrait, naissait le futur Louis
XVII.
1. Le premier coup d’œil ou l’intuition
première
Ingénuité, charme, légèreté !
Au final, un net désir (voire un besoin), non pas de séduire,
mais de plaire par la grâce, l’élégance
et le raffinement. Un second coup d’œil attentif perçoit
comme une nostalgie retenue, dans le regard.
2. Le type morphologique
Marie-antoinette est Longiligne affinée Réagissante.
Ce type morphologique se caractérise par une large « zone
sensorielle» (cercle virtuel circonscrivant les yeux, le
nez et la bouche) au sein d’un cadre très allongé.
3. Les étages
L'étage cérébral (ou supérieur)
Si le front est haut, il est surtout lisse et rond, d’allure
bombée. Il s’agit donc d’un front enfantin qui
n’a probablement pas bougé depuis ses jeunes années.
Nous en avons la confirmation grâce à deux autres
portraits. L’un a été composé alors
que la future reine de France n’avait que sept ans (annexe
3).
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| Annexe 3 |
Annexe 4 |
l’autre
a été peint à la Cour
d’Autriche, dans sa quatorzième année, juste
avant son départ pour la France (cf. Annexe 4). Dans les
deux cas, nous retrouvons bien le front du « portrait à la
rose ». Ne nous étonnons donc pas que l’une
de ses biographes, Evelyne Lever, historienne, (spécialiste
de l’Ancien Régime et de la Révolution. Auteur
de « Louis XVI » Fayard 1985, « Marie-Antoinette » fayard
1985, « C’était Marie-Antoinette » Fayard
2006.) ait écrit que ce front était « un
peu haut et bombé ». Sa perception est d’autant
plus intéressante qu’elle provient d’une historienne
qui, a priori, n’est pas du tout versée en morphopsychologie.
La dilatation lisse et bombée de ce front entraîne
deux caractéristiques dont la seconde accentue la dominante
enfantine de l’étage supérieur :
La première, la racine des cheveux recule vers le haut du
front et empiète même sur le début du crâne,
tandis que l’amorce des tempes reste bien dégagée.
C’est exactement l’inverse chez les petits fronts bas, étroits
et de modelé plat. Dans ce dernier cas, des cheveux bruns
et drus viennent alors entourer et cerner de très près
le front. Est-ce à dire que Marie-Antoinette avait une chevelure
blonde ? Faut-il encore pouvoir le constater.
La seconde, Sur notre portrait de référence, on ne
le constate pas. On y voit en effet une chevelure d’un coloris
gris clair, de type cendré. Un tel gris cendré n’est
pas une couleur naturelle chez une jeune femme de 28 ans. Nous
pouvons ici raisonnablement avancer qu’un tel coloris provenait
d’un systématique poudrage, couramment de mise à l’époque,
avec l’usage des parfums. Pour déceler la véritable
teinte de ses cheveux, il suffit de se reporter de nouveau au portrait
dessiné de ses sept ans. La chevelure y est très
claire, d’un blond soyeux qui confine à la blancheur.
Cette blondeur de fond ne faisait aucun doute pour les contemporains
et n’en fait également aucun chez les historiens.
Citons encore Evelyne Lever qui écrit qu’elle fut « une
jolie petite fille blonde » et que, du temps de
son règne, « sa carnation blonde était éblouissante ».
Arrivée à l’âge adulte, Marie-Antoinette
a donc conservé de son enfance, à la fois, un front
bombé avec sa chevelure blonde clairsemée et soyeuse,
et de grands yeux bleus aux sourcils fins et très hauts.
L'étage émotionnel-relationnel (ou médian)
C’est un étage accompli. Cela pour deux raisons :
la première, c’est l’étage le plus large
(à la largeur des pommettes). La seconde, le nez n’a
rien d’enfantin. Bien au contraire, il est affirmé,
projeté, tonique et d’allure aquiline (alors que le
nez enfantin est court, concave, sans racine et avec une base épatée).
Par la largeur de son cadre et l’affirmation de son vestibule
sensoriel, il s’agit bien d’un étage adulte.
Il est, contrairement aux deux autres, équilibré.
Au sein de la zone sensorielle, l’ensemble de la zone oculaire
est également large. Malgré des paupières
légèrement recouvrantes, les yeux sont de larges
amandes, bien espacés, bien ouverts, de couleur bleu clair.
Les yeux à fleur de peau et les sourcils haut placés
dans le front viennent accentuer leur large occupation de cette
zone.
Nous pouvons remarquer un décalage paradoxal entre le regard
et les yeux qui le portent. De tels yeux, si ouverts, dans un ensemble
réagissant, devraient entraîner un regard vif, prêt à la
mobilité, très présent et même rieur.
Au lieu de cela, le regard est fixe, atone à l’œil
droit, indifférent, à la limite de la tristesse, à l’œil
gauche. Un tel regard dément le sourire que la bouche esquisse
(Le sourire authentique se lit à la fois dans le regard
et la bouche. Le sourire de convenance, le sourire commercial,
se lit uniquement sur la bouche.).
Cet étage médian, mature, est confronté aux
aspects très enfantins des deux autres étages.
L'étage instinctif (ou inférieur)
La bouche est totalement enfantine, avec une lèvre supérieure
en arc de Cupidon et une lèvre inférieure ourlée.
Cela dit, elle reste proportionnée et tout à fait
en accord avec la gracilité de l’étage instinctif
(la mâchoire inférieure). Le menton est très
réduit, ce qui masque le modelé charnu de son ovale.
C’est l’inverse d’un menton volontaire et tenace.
La mâchoire est, elle aussi, d’un volume réduit,
ce que signe l’os mandibulaire, fin mais tonique et en parfaite
jugulaire. Ce n’est ni la bouche ni le menton qui brideront
l'imaginaire de Reine.
3. La formule-clé du portrait
En déterminant le type morphologique de Marie-Antoinette,
puis la nature des étages du cadre, nous avons mis à jour
le fond de sa personnalité et, par là, le ressort
principal de son « caractère », caractère
qu’elle partage avec tous les autres (Longilignes affinés)
réagissants. Voilà qui nous permet de comprendre
les multiples facettes de ce comportement qui « détonne » à la
Cour de Versailles et a scandalisé très vite l’opinion
publique. Mais, attention, le fond d’une personnalité n’est
pas le tout d’une personnalité. Il faut encore trouver
la formule-clé du portrait, c’est-à-dire sa
formule complète.
A la lueur de cette approche, nous pouvons élaborer une
formule-clé qui doit toujours s’exprimer en termes
strictement morphologiques.
Sur un fond typiquement (Longiligne affiné) réagissant,
apparaît un décalage total entre la composition morphologique
de l’étage émotionnel-relationnel et celle
des deux autres étages. Autant l’étage émotionnel-relationnel,
est développé et mature, autant les deux autres étages
sont involués, comme s’ils avaient, trop tôt,
arrêté leur développement morphologique et étaient
ainsi restés au stade de l’enfance.
Nous allons voir qu’au lieu de venir compenser un fond franchement
réagissant, cette formule-clé va, au contraire, venir
l’accentuer à un très haut degré. Du
coup, au lieu d’apparaître inconséquent (son
frère, Joseph II d’Autriche, l’appelait « tête à vent » !),
son comportement à la Cour de Versailles, va se révéler
parfaitement logique et naturel.
4. Développement de la formule-clé
Une formule-clé fonctionne comme un engrenage mécanique.
Chacune met à jour, comme ici, un antagonisme central au
sein du visage et donc au cœur de la personnalité.
Chez Marie-Antoinette, cet antagonisme est des plus tranché.
Parler ici de composante enfantine serait insuffisant. Il vaudrait
mieux exceptionnellement parler d’une "composante adulte" (à étage
médian) greffée au sein d’une morphologie de
petite fille. A 27/28 ans, il aurait été étonnant
que Marie-Antoinette eût déjà réussi à réaliser
la synthèse d’un antagonisme aussi prononcé.
En témoigne la tonalité du regard.
Nous apprécions ce qu’en a dit un historien parlant
d’un « regard de porcelaine ». Or,
nous savons que le niveau de synthèse d’une personnalité se
reflète dans une présence vivante du regard et une
symétrie parfaite des pupilles qui efface alors l’inéluctable
dissymétrie des hémifaces. Nous savons aussi qu’avant
d’arriver à cette synthèse, tout Sujet commence
par dénier l’une des branches de son antagonisme central
au bénéfice entier de l’autre branche. Il y
avait, chez Marie-Antoinette, toutes les chances pour qu’elle
déniât sa part adulte et qu’elle exaltât
sa part enfantine. Faut-il encore dire pourquoi ? Ce n’est
certainement pas parce que la « petite fille » se
retrouve dans deux étages et l’adulte, dans un seul.
L’arithmétique n’a rien à voir ici. Il
aurait été aussi plausible que ce soit l’étage
médian qui s’impose aux deux autres et leur serve
de gouvernail (Dans ce dernier cas, c’est la part enfantine
qui est déniée au profit d’une attitude hyper-adulte
et sérieuse. C’est un exemple, parmi d’autres,
de sur-compensation. Il est facile de le constater dans la vie
courante.). L’étage médian est en effet, au
propre comme au figuré, l’étage central de
toute personnalité (Cf. Annexe 5). Si, chez Marie-Antoinette,
cet étage médian-central n’a pas joué le
rôle qu’il aurait pu avoir, c’est parce qu’il
se trouvait dans un ensemble réagissant. Ce type morphologique
ne peut, en effet, qu’exalter tout ce qu’il y a d’enfantin
dans une personnalité (retour à l’Annexe 2).
C’est ainsi que le Docteur Corman aimait à comparer
le type réagissant à un très jeune enfant,
faussement surexcité, aux dernières heures d’une
soirée. Nous pourrions même nous amuser ici à transformer
ce type morphologique en un complexe : le complexe de « la
petite fille qu’on couche trop tard » (Il se trouve
que Marie-Antoinette adorait se rendre, le plus souvent possible,
aux bals masqués organisés à paris. C’est
seulement à l’aube qu’elle regagnait Versailles, à une
heure où Louis XVI se levait !). Plus sérieusement,
nous rappellerons ici comment nous avons nous-même formulé,
dans l’ouvrage « Visage, corps et personnalité » (Editions
Medicis 2006), la vocation existentielle du Longiligne affiné Réagissant : « Ne
pas perdre une miette du concert foisonnant de la Vie, au risque
de me retrouver moi-même en miettes. Ne rien perdre au risque
de me perdre ».
Il y a donc une cohérence morphopsychologique au déni
que Marie-Antoinette adopte vis-à-vis de son étage
central. En effet, ce dernier, au lieu de compenser son comportement
primesautier et capricieux, a servi, à l’inverse, à le
conforter. Avant de craquer, pour s’inverser sous le coup
des événements révolutionnaires, ce mécanisme
psychologique fonctionna pendant plus d’une dizaine d’années
(1774-1789) (Il se trouve qu’il y avait aussi des causes
objectives favorisant ledit mécanisme : son extrême
jeunesse à son arrivée en France, ses quatre années
de dauphinat, le soin jaloux de Louis XVI à l’écarter
de tout sujet politique. Néanmoins, le mécanisme
aurait fonctionné de toute façon, ainsi que nous
l’avons indiqué.). Ce fut la période « magique » du
triomphe de la part enfantine.
Devenue reine, l’opinion publique s’attendait à ce
que Marie-Antoinette changeât son comportement d’enfant
gâté pour celui, réglé -voire compassé-
d’une reine de France. Or, Marie-Antoinette ne changea pas
sa ligne de conduite d’un iota. Ce fut plutôt le contraire.
Il suffit de lire tout ce qui a été écrit
sur sa vie à la Cour, pour voir fonctionner à fond
l’alliance entre les deux étages enfantins et le type
de Réagissant. Une telle alliance rend prioritaire et exclusive
l’occupation majeure de tous les enfants : le jeu, le
jeu sous toutes ses formes.
Le jeu, en effet, est aussi nécessaire à l’enfant
que l’air qu’il respire. Le jeu se confond avec l’exaltation
de l’imaginaire. Or, nous avons vu que, par le biais de son
front enfantin, haut et bombé, cette fonction était
extrêmement développée chez Marie-Antoinette.
Un tel imaginaire obéit au principe du plaisir et ignore
tout du principe de réalité que sont les réalités
matérielles, sociales et politiques. De cet imaginaire sortit
le hameau champêtre du Petit Trianon, ce rêve d’enfant
gâté, avec sa bergerie et sa laiterie d’opérette
et autres naïvetés « rousseauistes ». « Là,
affirmera-t-elle, je ne suis plus Reine, je suis moi ».
Jouer, c’est aussi jouer la comédie. Bien sûr,
sur scène, on « joue » un rôle.
Il est notoire que Marie-Antoinette s’adonna avec passion
aux représentations théâtrales. Elle se fit
aménager un véritable petit théâtre,
réservé à son usage personnel et au seul profit
de son entourage. Elle y joua les rôles les plus divers,
y compris ceux de servantes, ce qui choquait jusqu’à son
cercle familier. Comble de l’inconscience, elle y joua même
le rôle de Rosine, dans « Le Barbier de Séville ».
Beaumarchais, en personne, en fut le témoin.
Pour une petite fille, jouer est aussi jouer à la poupée.
Marie-Antoinette aurait-elle fait exception à la règle ?
Apparemment non puisque personne ne l’a vue à la cour,
s’adonner à ce jeu. Ne pourrions-nous pas faire l’hypothèse
qu’avec les sommes dépensées dans ses multiples
parures, c’était elle-même, la poupée
aux « yeux de porcelaine ». C’est aussi
elle qui introduisit les jeux d’argent à la cour.
Enfin, avec le « complexe de la petite fille qui se
couche tard », nous avons déjà parlé de
l’attirance de Marie-Antoinette pour les bals et notamment
les bals masqués, qui exaltent les « jeux de
rôles ».
Ce faisant, Marie-Antoinette, sans en avoir la moindre conscience,
jetait « par-dessus les moulins », sa couronne
de Reine de France. Sans aucunement le réaliser, elle foulait
au pied l’image de sage icône que l’on attendait
d’elle. Ce fut l’une des causes objectives de la chute
de la royauté.
On s’étonne encore, de nos jours, de ce manque total
de conscience alors que pleuvaient dru sur son compte, les chansons
irrévérencieuses, puis ordurières. L'analyse
morphopsychologique permet de comprendre ce qui a toujours été considéré comme
une rare inconscience. Nous pouvons, par exemple, mieux expliquer
la totale incompréhension qu’elle manifesta devant
l’accueil glacial que lui fit la foule parisienne, lors d’une
visite officielle à la Ville de Paris. En revenant à Versailles,
elle s’écria, en sanglots : « Mais
que leur ai-je donc fait ? ». Quel aveu éclatant
de son aveuglement vis-à-vis du climat social de l’époque !
Même un événement aussi exceptionnel que la
Convocation des Etats Généraux ne vint toujours pas
réveiller son inconscience. Cela s’explique toujours
par le dynamisme paradoxal, propre à la formule-clé de
son portrait : la part adulte refoulée a longtemps
soutenu l’aplomb de la petite fille gâtée.
Lorsque l’agitation populaire commença à mettre
la royauté en danger et que des mesures drastiques s’imposèrent,
Marie-Antoinette continua de se comporter comme si de rien n’était.
Pour cela, elle imposa sa volonté au Roi, y compris jusqu’à la
nomination des ministres. Par exemple, son rôle fut avéré dans
une décision-clé : le renvoi de Turgot, dont
le plan de réorganisation des finances aurait pu enrayer
la faillite économique du royaume mais, aussi, limiter ses
dépenses personnelles. Elle était déjà appelée « Madame
Déficit ». Il faut bien réaliser, là,
que, si Marie-Antoinette n’avait vraiment été qu’une
petite fille et rien d’autre, elle n’aurait pas, à ce
point, réussi à imposer sa volonté au Roi
et au Gouvernement. Au lieu de rester dans l’ombre, sa part
adulte commençait à s’exprimer au grand jour.
Elle allait spectaculairement s’affirmer sous le poids des événements
qui se précipitèrent, suite à la prise de
la Bastille. Toute part refoulée peut, d’un jour à l’autre,
faire surface avec la force accumulée pendant la durée
de sa mise à l’écart (Ce mécanisme énergétique
est peut-être analogue -mais distinct- du refoulement freudien).
Une formule-clé fonctionne bien comme un engrenage d’horlogerie,
rythmé par les va-et-vient de son balancier. Pour Marie-Antoinette,
nous avons intitulé le temps de ce renversement : les
moments tragique de l’affirmation de sa part adulte.
Les moments tragiques de l’affirmation de la part
adulte
Ce type de renversement se produit généralement sous
le coup d’événements exceptionnels. Voilà qui
illustre bien l’adage bien connu : « On n’évolue
qu’en cas de crise et il n’y a de crise qu’en
cas de survie ».
Dans la vie de Marie-Antoinette, l’événement
déclencheur eut lieu le 6 Octobre 1789. Ce jour-là, à l’aube,
une foule séditieuse envahit ses appartements, avec des
intentions ouvertement meurtrières. Marie-Antoinette, à peine
habillée, ne dut son salut qu’à un passage
secret qui lui permit de se réfugier chez le Roi. Dépitée
d’avoir manqué sa proie, la foule se mit à crier : « La
Reine au balcon ! ». Bien que son entourage
l’en dissuadait, Marie-Antoinette se redressa, dit-on, « avec
fierté » en disant : « Je
paraîtrai ! ». Elle fit, seule, face à la
foule qu’elle salua longuement, les mains croisées
sur la poitrine. Son calme, sa dignité douloureuse frappèrent
la foule qui se mit à l’acclamer, alors que quelques
instants plus tôt, elle cherchait à l’assassiner.
Si, à ce moment-là, Marie-Antoinette n’avait
vraiment été qu’une petite fille, elle se serait écroulée
dans les bras d’un Roi qui avait encore les moyens d’être
un protecteur. La part adulte avait brusquement pris le relais
de la part enfantine. Cela allait manifestement se confirmer lorsque,
après le pénible départ de Versailles, la
famille royale se retrouva en « résidence surveillée » au
Château des Tuileries.
Pendant tout ce « séjour » (d’Octobre
1789 à Juin 1791, c’est-à-dire jusqu’à la
fuite à Varennes), ce fut Marie-Antoinette qui prit les
choses en main. Certes, cela fut favorisé par la démission
morale qui saisit alors le Roi. Marie-Antoinette aurait très
bien pu, elle aussi, s’effondrer, épuisée par
sa première action d’éclat mais le mécanisme
de la formule-clé avait complètement opéré son
inversion. C’est donc elle qui, de sa propre initiative,
se lança dans des négociations avec les diverses
factions de l’Assemblée Constituante (avec, bien sûr,
les factions qui étaient de réels partisans d’une
monarchie constitutionnelle). Elle décida même, à contre-cœur,
de négocier avec Mirabeau. Un homme qu’elle détestait
mais qui dominait alors les débats à l’Assemblée.
Au fil de ces transactions, Mirabeau déclarera : « Aux
Tuileries, il n’y a qu’un seul homme, c’est la
Reine ». Hélas pour elle, Marie-Antoinette
joua double jeu avec tout ses contacts. Très complice sur
ce point, avec Louis XVI, elle comptait surtout, pour sauver la
Royauté, entraîner à son secours, les autres
Cours royales européennes : l’Autriche, bien
sûr, mais aussi la Prusse et l’Espagne. C’est
dans ce but qu’elle décida et fut le cerveau organisateur
de la « fuite à Varennes» (20 Juin 1791)
(Il s’agissait d’atteindre Metz, pour y franchir la
frontière. Varennes n’était qu’à quelques
dizaines de kilomètres de Metz). Son amant de cœur,
Axel de Fersen, n’en fut que l’intendant indispensable.
On sait le fiasco que fut Varennes. Après le pénible
retour à Paris, la famille royale fut emprisonnée
dans la Tour du Temple, donjon d’une sinistre citadelle :
l’ancien monastère de l’ordre des Templiers,
rasé en 1812. Après l’exécution de Louis
XVI (21 Janvier 1793), la Reine fut séparée de ses
enfants et transférée à la Conciergerie, prison
officielle du Palais de Justice. Il se trouve que nous avons un
portrait d’elle pendant cette période (de Juin à Octobre
1793, date de son exécution). Nous avons là une occasion
unique de nous rendre compte si l’inversion de la formule-clé s’est
bien répercutée sur les traits de la Reine, si la
morphologie de la petite fille s’est transmutée dans
celle d’une femme mature.
Le portrait à la Conciergerie
Année 1793
Marie-Antoinette va avoir 38 ans !

Peinture d'Alphonse François
Avant toute analyse morphopsychologique, c’est l’image
même du malheur qui nous saute aux yeux. Nous sommes devant
un être aussi amer que désabusé. Dans des yeux
charbonneux et soulignés de noir (En médecine chinoise,
c’est un signe clinique d’épuisement des reins,
consécutif à des peurs intenses). Le regard est en
effet complètement éteint (où sont passés
les yeux bleu pervenche et le « regard de porcelaine » ?).
L’amertume se lit dans le tombé des coins de la bouche.
L’ensemble est parfaitement cohérent avec ce que Marie-Antoinette
vient de vivre et s’apprête à vivre, puisqu’elle
sera exécutée à la fin de l’année.
Voilà d’ailleurs ce qui fait pencher en faveur de
l’authenticité du portrait.
Notre émotion contenue, il nous importe de vérifier
si, oui ou non, le bâti morphologique s’est accordé avec
la seconde branche de la formule-clé, celle de la part adulte.
Il est évident que nous ne sommes plus devant la même
femme. Au-delà de l’expression d’un malheur éperdu,
on constate une mutation morphologique évidente : nous
ne sommes plus devant une (Longiligne affiné) Réagissante.
- L’ensemble du bâti osseux s’est étoffé
- Le front est moins haut et moins bombé, avec un soupçon
de bossué dans la zone sus-orbitaire
- Le nez est devenu « bourbonnien » (c’est-à-dire
long et large à la fois et d’allure busquée)
- Malgré son dessin toujours en jugulaire, la mâchoire
est plus lourde, le cou moins long et plus large
- L’ourlé des lèvres est devenu plus discret
et la fossette naso-labiale est plus effacée.
Si l’on tente de percevoir le gabarit général
de l’organisme, on avancera celui du Longiligne classique.
La vocation existentielle de ce type morphologique ne peut qu’être étranglée,
ce qui est fait pour accentuer le désespoir du Sujet. Au
final, les principaux traits enfantins ont disparu. L’alliance
Réagissant - traits enfantins a vécu. La part adulte
est définitivement présente. Marie-Antoinette témoigne
ici de ce que l’on a dit de l’état adulte : « être
capable, sans s’effondrer, de pleurer, seule, dans le noir ».
Voilà pourquoi, dans toutes ses apparitions en public, elle
ne s’effondrera jamais, ni lors de son procès, ni
lors de son exécution, circonstance où elle montra
une dignité et un courage dignes d’admiration, ce
qui fit redoubler la rage de ses accusateurs. Tout le monde a pu
le constater, lors de son procès et de son exécution.
Nous ne nous attarderons pas sur le déroulement de son
procès. En dépit d’accusations ignobles, elle
ne se départit jamais de la calme dignité d’une
Reine. Ce qui joua contre elle, puisque la Nation ne voulait plus
de la royauté. Nous citerons une seule de ses réponses.
Puisqu’on l’appelait « l’Autrichienne »,
le tribunal voulut lui faire avouer qu’elle considérait
les Français comme ses ennemis. Elle déjoua admirablement
le piège en répondant : « Je
regarde comme mes ennemis tous ceux qui peuvent faire tort à mes
enfants ». De même, à la question : « Vous
intéressez-vous aux succès des armées de nos
ennemis ? ». Elle répondit : « Je
m’intéresse aux succès de celles de la nation
de mon fils». Voilà qui témoignait d’une
maturité mentale exceptionnelle dans ces tragiques conditions.
On était loin de « la tête à vent » !
A l’issue du procès, elle fut anéantie d’apprendre
sa condamnation à mort, alors qu’elle s’attendait à l’exil.
En revenant dans son cachot, au-delà de minuit, elle se
ressaisit suffisamment pour écrire une lettre admirable à sa
belle-sœur, Madame Elisabeth, sœur du Roi. Dès
l’aube, le lendemain, elle protesta énergiquement
lorsque le bourreau voulut lui lier les mains derrière le
dos, ce qu’il fit de force. Elle refusa de voir qu’on
allait l’emmener à l’échafaud dans une
grossière charrette à foin, alors que Louis XVI avait été conduit
au supplice en carrosse. Elle resta imperturbable sous les quolibets
d’une foule haineuse. C’est avec fermeté qu’elle
monta à la guillotine. Par inadvertance, elle marcha sur
les pieds de son bourreau, mais c’est avec le ton d’une
sincère politesse qu’elle lui dit : « Monsieur,
je vous demande excuse, je ne l’ai pas fait exprès ! ».
Ce furent ses dernières paroles.
Soudain prise dans le maëlstrom d’une tourmente révolutionnaire,
une « petite archiduchesse qui ne pensant qu’à s’amuser » s’est,
du jour au lendemain, métamorphosée en maîtresse
femme prenant, seule , en main le sort de la royauté française.
Elle focalisa ainsi sur elle-même la hargne du peuple avide
d’un changement de Régime.
Ce portrait,
actuellement au Château de la Malmaison, n’a été dressé qu’en
1851 ( !) par Alphonse François, d’après
les documents d’un contemporain, Paul Delaroche. Conscient
des réserves que cela peut induire, nous avons pris
le parti de le considérer comme un témoignage
direct.
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