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  morphopsychologie - éditions - portraits 
 

PORTRAIT MORPHOPSYCHOLOGIQUE
de MARIE-ANTOINETTE (1755-1793)


Peinture d'Elisabeth Vigée-Lebrun

 
 

Le portrait dit « Marie-Antoinette à la rose » est la référence de ce portrait. Il fut réalisé en 1783 par la portraitiste officielle de la Cour, Madame Elisabeth VIGÉE-LEBRUN. La souveraine, née en Novembre 1755, avait donc 28 ans. Elle avait, à cette date, donné naissance à deux enfants : une fille aînée en 1778 (Marie-Thérèse-Charlotte, dite Madame Royale) et, en 1781, un premier fils (Louis-Joseph) qui devait décéder à l’âge de 8 ans. Deux ans après ce portrait, naissait le futur Louis XVII.

1. Le premier coup d’œil ou l’intuition première
Ingénuité, charme, légèreté ! Au final, un net désir (voire un besoin), non pas de séduire, mais de plaire par la grâce, l’élégance et le raffinement. Un second coup d’œil attentif perçoit comme une nostalgie retenue, dans le regard.

2. Le type morphologique
Marie-antoinette est Longiligne affinée Réagissante.

Ce type morphologique se caractérise par une large « zone sensorielle» (cercle virtuel circonscrivant les yeux, le nez et la bouche) au sein d’un cadre très allongé.

3. Les étages
L'étage cérébral (ou supérieur)
Si le front est haut, il est surtout lisse et rond, d’allure bombée. Il s’agit donc d’un front enfantin qui n’a probablement pas bougé depuis ses jeunes années. Nous en avons la confirmation grâce à deux autres portraits. L’un a été composé alors que la future reine de France n’avait que sept ans (annexe 3).

Marie-Antoinette 7 ans Louis XVI et Marie-Antoinette
Annexe 3 Annexe 4

l’autre a été peint à la Cour d’Autriche, dans sa quatorzième année, juste avant son départ pour la France (cf. Annexe 4). Dans les deux cas, nous retrouvons bien le front du « portrait à la rose ». Ne nous étonnons donc pas que l’une de ses biographes, Evelyne Lever, historienne, (spécialiste de l’Ancien Régime et de la Révolution. Auteur de « Louis XVI » Fayard 1985, « Marie-Antoinette » fayard 1985, « C’était Marie-Antoinette » Fayard 2006.) ait écrit que ce front était « un peu haut et bombé ». Sa perception est d’autant plus intéressante qu’elle provient d’une historienne qui, a priori, n’est pas du tout versée en morphopsychologie.

La dilatation lisse et bombée de ce front entraîne deux caractéristiques dont la seconde accentue la dominante enfantine de l’étage supérieur :
La première, la racine des cheveux recule vers le haut du front et empiète même sur le début du crâne, tandis que l’amorce des tempes reste bien dégagée. C’est exactement l’inverse chez les petits fronts bas, étroits et de modelé plat. Dans ce dernier cas, des cheveux bruns et drus viennent alors entourer et cerner de très près le front. Est-ce à dire que Marie-Antoinette avait une chevelure blonde ? Faut-il encore pouvoir le constater.
La seconde, Sur notre portrait de référence, on ne le constate pas. On y voit en effet une chevelure d’un coloris gris clair, de type cendré. Un tel gris cendré n’est pas une couleur naturelle chez une jeune femme de 28 ans. Nous pouvons ici raisonnablement avancer qu’un tel coloris provenait d’un systématique poudrage, couramment de mise à l’époque, avec l’usage des parfums. Pour déceler la véritable teinte de ses cheveux, il suffit de se reporter de nouveau au portrait dessiné de ses sept ans. La chevelure y est très claire, d’un blond soyeux qui confine à la blancheur. Cette blondeur de fond ne faisait aucun doute pour les contemporains et n’en fait également aucun chez les historiens. Citons encore Evelyne Lever qui écrit qu’elle fut « une jolie petite fille blonde » et que, du temps de son règne, « sa carnation blonde était éblouissante ».
Arrivée à l’âge adulte, Marie-Antoinette a donc conservé de son enfance, à la fois, un front bombé avec sa chevelure blonde clairsemée et soyeuse, et de grands yeux bleus aux sourcils fins et très hauts.

L'étage émotionnel-relationnel (ou médian)
C’est un étage accompli. Cela pour deux raisons : la première, c’est l’étage le plus large (à la largeur des pommettes). La seconde, le nez n’a rien d’enfantin. Bien au contraire, il est affirmé, projeté, tonique et d’allure aquiline (alors que le nez enfantin est court, concave, sans racine et avec une base épatée). Par la largeur de son cadre et l’affirmation de son vestibule sensoriel, il s’agit bien d’un étage adulte. Il est, contrairement aux deux autres, équilibré.

Au sein de la zone sensorielle, l’ensemble de la zone oculaire est également large. Malgré des paupières légèrement recouvrantes, les yeux sont de larges amandes, bien espacés, bien ouverts, de couleur bleu clair. Les yeux à fleur de peau et les sourcils haut placés dans le front viennent accentuer leur large occupation de cette zone.

Nous pouvons remarquer un décalage paradoxal entre le regard et les yeux qui le portent. De tels yeux, si ouverts, dans un ensemble réagissant, devraient entraîner un regard vif, prêt à la mobilité, très présent et même rieur. Au lieu de cela, le regard est fixe, atone à l’œil droit, indifférent, à la limite de la tristesse, à l’œil gauche. Un tel regard dément le sourire que la bouche esquisse (Le sourire authentique se lit à la fois dans le regard et la bouche. Le sourire de convenance, le sourire commercial, se lit uniquement sur la bouche.).

Cet étage médian, mature, est confronté aux aspects très enfantins des deux autres étages.

 

L'étage instinctif (ou inférieur)
La bouche est totalement enfantine, avec une lèvre supérieure en arc de Cupidon et une lèvre inférieure ourlée. Cela dit, elle reste proportionnée et tout à fait en accord avec la gracilité de l’étage instinctif (la mâchoire inférieure). Le menton est très réduit, ce qui masque le modelé charnu de son ovale. C’est l’inverse d’un menton volontaire et tenace.
La mâchoire est, elle aussi, d’un volume réduit, ce que signe l’os mandibulaire, fin mais tonique et en parfaite jugulaire. Ce n’est ni la bouche ni le menton qui brideront l'imaginaire de Reine.

3. La formule-clé du portrait
En déterminant le type morphologique de Marie-Antoinette, puis la nature des étages du cadre, nous avons mis à jour le fond de sa personnalité et, par là, le ressort principal de son « caractère », caractère qu’elle partage avec tous les autres (Longilignes affinés) réagissants. Voilà qui nous permet de comprendre les multiples facettes de ce comportement qui « détonne » à la Cour de Versailles et a scandalisé très vite l’opinion publique. Mais, attention, le fond d’une personnalité n’est pas le tout d’une personnalité. Il faut encore trouver la formule-clé du portrait, c’est-à-dire sa formule complète.
A la lueur de cette approche, nous pouvons élaborer une formule-clé qui doit toujours s’exprimer en termes strictement morphologiques.

Sur un fond typiquement (Longiligne affiné) réagissant, apparaît un décalage total entre la composition morphologique de l’étage émotionnel-relationnel et celle des deux autres étages. Autant l’étage émotionnel-relationnel, est développé et mature, autant les deux autres étages sont involués, comme s’ils avaient, trop tôt, arrêté leur développement morphologique et étaient ainsi restés au stade de l’enfance.

Nous allons voir qu’au lieu de venir compenser un fond franchement réagissant, cette formule-clé va, au contraire, venir l’accentuer à un très haut degré. Du coup, au lieu d’apparaître inconséquent (son frère, Joseph II d’Autriche, l’appelait « tête à vent » !), son comportement à la Cour de Versailles, va se révéler parfaitement logique et naturel.

4. Développement de la formule-clé
Une formule-clé fonctionne comme un engrenage mécanique. Chacune met à jour, comme ici, un antagonisme central au sein du visage et donc au cœur de la personnalité. Chez Marie-Antoinette, cet antagonisme est des plus tranché. Parler ici de composante enfantine serait insuffisant. Il vaudrait mieux exceptionnellement parler d’une "composante adulte" (à étage médian) greffée au sein d’une morphologie de petite fille. A 27/28 ans, il aurait été étonnant que Marie-Antoinette eût déjà réussi à réaliser la synthèse d’un antagonisme aussi prononcé. En témoigne la tonalité du regard.

Nous apprécions ce qu’en a dit un historien parlant d’un « regard de porcelaine ». Or, nous savons que le niveau de synthèse d’une personnalité se reflète dans une présence vivante du regard et une symétrie parfaite des pupilles qui efface alors l’inéluctable dissymétrie des hémifaces. Nous savons aussi qu’avant d’arriver à cette synthèse, tout Sujet commence par dénier l’une des branches de son antagonisme central au bénéfice entier de l’autre branche. Il y avait, chez Marie-Antoinette, toutes les chances pour qu’elle déniât sa part adulte et qu’elle exaltât sa part enfantine. Faut-il encore dire pourquoi ? Ce n’est certainement pas parce que la « petite fille » se retrouve dans deux étages et l’adulte, dans un seul. L’arithmétique n’a rien à voir ici. Il aurait été aussi plausible que ce soit l’étage médian qui s’impose aux deux autres et leur serve de gouvernail (Dans ce dernier cas, c’est la part enfantine qui est déniée au profit d’une attitude hyper-adulte et sérieuse. C’est un exemple, parmi d’autres, de sur-compensation. Il est facile de le constater dans la vie courante.). L’étage médian est en effet, au propre comme au figuré, l’étage central de toute personnalité (Cf. Annexe 5). Si, chez Marie-Antoinette, cet étage médian-central n’a pas joué le rôle qu’il aurait pu avoir, c’est parce qu’il se trouvait dans un ensemble réagissant. Ce type morphologique ne peut, en effet, qu’exalter tout ce qu’il y a d’enfantin dans une personnalité (retour à l’Annexe 2). C’est ainsi que le Docteur Corman aimait à comparer le type réagissant à un très jeune enfant, faussement surexcité, aux dernières heures d’une soirée. Nous pourrions même nous amuser ici à transformer ce type morphologique en un complexe : le complexe de « la petite fille qu’on couche trop tard » (Il se trouve que Marie-Antoinette adorait se rendre, le plus souvent possible, aux bals masqués organisés à paris. C’est seulement à l’aube qu’elle regagnait Versailles, à une heure où Louis XVI se levait !). Plus sérieusement, nous rappellerons ici comment nous avons nous-même formulé, dans l’ouvrage « Visage, corps et personnalité » (Editions Medicis 2006), la vocation existentielle du Longiligne affiné Réagissant : « Ne pas perdre une miette du concert foisonnant de la Vie, au risque de me retrouver moi-même en miettes. Ne rien perdre au risque de me perdre ».

Il y a donc une cohérence morphopsychologique au déni que Marie-Antoinette adopte vis-à-vis de son étage central. En effet, ce dernier, au lieu de compenser son comportement primesautier et capricieux, a servi, à l’inverse, à le conforter. Avant de craquer, pour s’inverser sous le coup des événements révolutionnaires, ce mécanisme psychologique fonctionna pendant plus d’une dizaine d’années (1774-1789) (Il se trouve qu’il y avait aussi des causes objectives favorisant ledit mécanisme : son extrême jeunesse à son arrivée en France, ses quatre années de dauphinat, le soin jaloux de Louis XVI à l’écarter de tout sujet politique. Néanmoins, le mécanisme aurait fonctionné de toute façon, ainsi que nous l’avons indiqué.). Ce fut la période « magique » du triomphe de la part enfantine.

Devenue reine, l’opinion publique s’attendait à ce que Marie-Antoinette changeât son comportement d’enfant gâté pour celui, réglé -voire compassé- d’une reine de France. Or, Marie-Antoinette ne changea pas sa ligne de conduite d’un iota. Ce fut plutôt le contraire. Il suffit de lire tout ce qui a été écrit sur sa vie à la Cour, pour voir fonctionner à fond l’alliance entre les deux étages enfantins et le type de Réagissant. Une telle alliance rend prioritaire et exclusive l’occupation majeure de tous les enfants : le jeu, le jeu sous toutes ses formes.

Le jeu, en effet, est aussi nécessaire à l’enfant que l’air qu’il respire. Le jeu se confond avec l’exaltation de l’imaginaire. Or, nous avons vu que, par le biais de son front enfantin, haut et bombé, cette fonction était extrêmement développée chez Marie-Antoinette. Un tel imaginaire obéit au principe du plaisir et ignore tout du principe de réalité que sont les réalités matérielles, sociales et politiques. De cet imaginaire sortit le hameau champêtre du Petit Trianon, ce rêve d’enfant gâté, avec sa bergerie et sa laiterie d’opérette et autres naïvetés « rousseauistes ». « , affirmera-t-elle, je ne suis plus Reine, je suis moi ».

Jouer, c’est aussi jouer la comédie. Bien sûr, sur scène, on « joue » un rôle. Il est notoire que Marie-Antoinette s’adonna avec passion aux représentations théâtrales. Elle se fit aménager un véritable petit théâtre, réservé à son usage personnel et au seul profit de son entourage. Elle y joua les rôles les plus divers, y compris ceux de servantes, ce qui choquait jusqu’à son cercle familier. Comble de l’inconscience, elle y joua même le rôle de Rosine, dans « Le Barbier de Séville ». Beaumarchais, en personne, en fut le témoin.

Pour une petite fille, jouer est aussi jouer à la poupée. Marie-Antoinette aurait-elle fait exception à la règle ? Apparemment non puisque personne ne l’a vue à la cour, s’adonner à ce jeu. Ne pourrions-nous pas faire l’hypothèse qu’avec les sommes dépensées dans ses multiples parures, c’était elle-même, la poupée aux « yeux de porcelaine ». C’est aussi elle qui introduisit les jeux d’argent à la cour. Enfin, avec le « complexe de la petite fille qui se couche tard », nous avons déjà parlé de l’attirance de Marie-Antoinette pour les bals et notamment les bals masqués, qui exaltent les « jeux de rôles ».

Ce faisant, Marie-Antoinette, sans en avoir la moindre conscience, jetait « par-dessus les moulins », sa couronne de Reine de France. Sans aucunement le réaliser, elle foulait au pied l’image de sage icône que l’on attendait d’elle. Ce fut l’une des causes objectives de la chute de la royauté.

On s’étonne encore, de nos jours, de ce manque total de conscience alors que pleuvaient dru sur son compte, les chansons irrévérencieuses, puis ordurières. L'analyse morphopsychologique permet de comprendre ce qui a toujours été considéré comme une rare inconscience. Nous pouvons, par exemple, mieux expliquer la totale incompréhension qu’elle manifesta devant l’accueil glacial que lui fit la foule parisienne, lors d’une visite officielle à la Ville de Paris. En revenant à Versailles, elle s’écria, en sanglots : « Mais que leur ai-je donc fait ? ». Quel aveu éclatant de son aveuglement vis-à-vis du climat social de l’époque ! Même un événement aussi exceptionnel que la Convocation des Etats Généraux ne vint toujours pas réveiller son inconscience. Cela s’explique toujours par le dynamisme paradoxal, propre à la formule-clé de son portrait : la part adulte refoulée a longtemps soutenu l’aplomb de la petite fille gâtée.

Lorsque l’agitation populaire commença à mettre la royauté en danger et que des mesures drastiques s’imposèrent, Marie-Antoinette continua de se comporter comme si de rien n’était. Pour cela, elle imposa sa volonté au Roi, y compris jusqu’à la nomination des ministres. Par exemple, son rôle fut avéré dans une décision-clé : le renvoi de Turgot, dont le plan de réorganisation des finances aurait pu enrayer la faillite économique du royaume mais, aussi, limiter ses dépenses personnelles. Elle était déjà appelée « Madame Déficit ». Il faut bien réaliser, là, que, si Marie-Antoinette n’avait vraiment été qu’une petite fille et rien d’autre, elle n’aurait pas, à ce point, réussi à imposer sa volonté au Roi et au Gouvernement. Au lieu de rester dans l’ombre, sa part adulte commençait à s’exprimer au grand jour. Elle allait spectaculairement s’affirmer sous le poids des événements qui se précipitèrent, suite à la prise de la Bastille. Toute part refoulée peut, d’un jour à l’autre, faire surface avec la force accumulée pendant la durée de sa mise à l’écart (Ce mécanisme énergétique est peut-être analogue -mais distinct- du refoulement freudien). Une formule-clé fonctionne bien comme un engrenage d’horlogerie, rythmé par les va-et-vient de son balancier. Pour Marie-Antoinette, nous avons intitulé le temps de ce renversement : les moments tragique de l’affirmation de sa part adulte.

Les moments tragiques de l’affirmation de la part adulte
Ce type de renversement se produit généralement sous le coup d’événements exceptionnels. Voilà qui illustre bien l’adage bien connu : « On n’évolue qu’en cas de crise et il n’y a de crise qu’en cas de survie ».

Dans la vie de Marie-Antoinette, l’événement déclencheur eut lieu le 6 Octobre 1789. Ce jour-là, à l’aube, une foule séditieuse envahit ses appartements, avec des intentions ouvertement meurtrières. Marie-Antoinette, à peine habillée, ne dut son salut qu’à un passage secret qui lui permit de se réfugier chez le Roi. Dépitée d’avoir manqué sa proie, la foule se mit à crier : « La Reine au balcon ! ». Bien que son entourage l’en dissuadait, Marie-Antoinette se redressa, dit-on, « avec fierté » en disant : « Je paraîtrai ! ». Elle fit, seule, face à la foule qu’elle salua longuement, les mains croisées sur la poitrine. Son calme, sa dignité douloureuse frappèrent la foule qui se mit à l’acclamer, alors que quelques instants plus tôt, elle cherchait à l’assassiner. Si, à ce moment-là, Marie-Antoinette n’avait vraiment été qu’une petite fille, elle se serait écroulée dans les bras d’un Roi qui avait encore les moyens d’être un protecteur. La part adulte avait brusquement pris le relais de la part enfantine. Cela allait manifestement se confirmer lorsque, après le pénible départ de Versailles, la famille royale se retrouva en « résidence surveillée » au Château des Tuileries.

Pendant tout ce « séjour » (d’Octobre 1789 à Juin 1791, c’est-à-dire jusqu’à la fuite à Varennes), ce fut Marie-Antoinette qui prit les choses en main. Certes, cela fut favorisé par la démission morale qui saisit alors le Roi. Marie-Antoinette aurait très bien pu, elle aussi, s’effondrer, épuisée par sa première action d’éclat mais le mécanisme de la formule-clé avait complètement opéré son inversion. C’est donc elle qui, de sa propre initiative, se lança dans des négociations avec les diverses factions de l’Assemblée Constituante (avec, bien sûr, les factions qui étaient de réels partisans d’une monarchie constitutionnelle). Elle décida même, à contre-cœur, de négocier avec Mirabeau. Un homme qu’elle détestait mais qui dominait alors les débats à l’Assemblée. Au fil de ces transactions, Mirabeau déclarera : « Aux Tuileries, il n’y a qu’un seul homme, c’est la Reine ». Hélas pour elle, Marie-Antoinette joua double jeu avec tout ses contacts. Très complice sur ce point, avec Louis XVI, elle comptait surtout, pour sauver la Royauté, entraîner à son secours, les autres Cours royales européennes : l’Autriche, bien sûr, mais aussi la Prusse et l’Espagne. C’est dans ce but qu’elle décida et fut le cerveau organisateur de la « fuite à Varennes» (20 Juin 1791) (Il s’agissait d’atteindre Metz, pour y franchir la frontière. Varennes n’était qu’à quelques dizaines de kilomètres de Metz). Son amant de cœur, Axel de Fersen, n’en fut que l’intendant indispensable.

On sait le fiasco que fut Varennes. Après le pénible retour à Paris, la famille royale fut emprisonnée dans la Tour du Temple, donjon d’une sinistre citadelle : l’ancien monastère de l’ordre des Templiers, rasé en 1812. Après l’exécution de Louis XVI (21 Janvier 1793), la Reine fut séparée de ses enfants et transférée à la Conciergerie, prison officielle du Palais de Justice. Il se trouve que nous avons un portrait d’elle pendant cette période (de Juin à Octobre 1793, date de son exécution). Nous avons là une occasion unique de nous rendre compte si l’inversion de la formule-clé s’est bien répercutée sur les traits de la Reine, si la morphologie de la petite fille s’est transmutée dans celle d’une femme mature.

Le portrait à la Conciergerie
Année 1793
Marie-Antoinette va avoir 38 ans !
Marie-Antoinette
Peinture d'Alphonse François

Avant toute analyse morphopsychologique, c’est l’image même du malheur qui nous saute aux yeux. Nous sommes devant un être aussi amer que désabusé. Dans des yeux charbonneux et soulignés de noir (En médecine chinoise, c’est un signe clinique d’épuisement des reins, consécutif à des peurs intenses). Le regard est en effet complètement éteint (où sont passés les yeux bleu pervenche et le « regard de porcelaine » ?). L’amertume se lit dans le tombé des coins de la bouche. L’ensemble est parfaitement cohérent avec ce que Marie-Antoinette vient de vivre et s’apprête à vivre, puisqu’elle sera exécutée à la fin de l’année. Voilà d’ailleurs ce qui fait pencher en faveur de l’authenticité du portrait.

Notre émotion contenue, il nous importe de vérifier si, oui ou non, le bâti morphologique s’est accordé avec la seconde branche de la formule-clé, celle de la part adulte. Il est évident que nous ne sommes plus devant la même femme. Au-delà de l’expression d’un malheur éperdu, on constate une mutation morphologique évidente : nous ne sommes plus devant une (Longiligne affiné) Réagissante.

  • L’ensemble du bâti osseux s’est étoffé
  • Le front est moins haut et moins bombé, avec un soupçon de bossué dans la zone sus-orbitaire
  • Le nez est devenu « bourbonnien » (c’est-à-dire long et large à la fois et d’allure busquée)
  • Malgré son dessin toujours en jugulaire, la mâchoire est plus lourde, le cou moins long et plus large
  • L’ourlé des lèvres est devenu plus discret et la fossette naso-labiale est plus effacée.

Si l’on tente de percevoir le gabarit général de l’organisme, on avancera celui du Longiligne classique. La vocation existentielle de ce type morphologique ne peut qu’être étranglée, ce qui est fait pour accentuer le désespoir du Sujet. Au final, les principaux traits enfantins ont disparu. L’alliance Réagissant - traits enfantins a vécu. La part adulte est définitivement présente. Marie-Antoinette témoigne ici de ce que l’on a dit de l’état adulte : « être capable, sans s’effondrer, de pleurer, seule, dans le noir ». Voilà pourquoi, dans toutes ses apparitions en public, elle ne s’effondrera jamais, ni lors de son procès, ni lors de son exécution, circonstance où elle montra une dignité et un courage dignes d’admiration, ce qui fit redoubler la rage de ses accusateurs. Tout le monde a pu le constater, lors de son procès et de son exécution.

Nous ne nous attarderons pas sur le déroulement de son procès. En dépit d’accusations ignobles, elle ne se départit jamais de la calme dignité d’une Reine. Ce qui joua contre elle, puisque la Nation ne voulait plus de la royauté. Nous citerons une seule de ses réponses. Puisqu’on l’appelait « l’Autrichienne », le tribunal voulut lui faire avouer qu’elle considérait les Français comme ses ennemis. Elle déjoua admirablement le piège en répondant : « Je regarde comme mes ennemis tous ceux qui peuvent faire tort à mes enfants ». De même, à la question : « Vous intéressez-vous aux succès des armées de nos ennemis ? ». Elle répondit : « Je m’intéresse aux succès de celles de la nation de mon fils». Voilà qui témoignait d’une maturité mentale exceptionnelle dans ces tragiques conditions. On était loin de « la tête à vent » !

A l’issue du procès, elle fut anéantie d’apprendre sa condamnation à mort, alors qu’elle s’attendait à l’exil. En revenant dans son cachot, au-delà de minuit, elle se ressaisit suffisamment pour écrire une lettre admirable à sa belle-sœur, Madame Elisabeth, sœur du Roi. Dès l’aube, le lendemain, elle protesta énergiquement lorsque le bourreau voulut lui lier les mains derrière le dos, ce qu’il fit de force. Elle refusa de voir qu’on allait l’emmener à l’échafaud dans une grossière charrette à foin, alors que Louis XVI avait été conduit au supplice en carrosse. Elle resta imperturbable sous les quolibets d’une foule haineuse. C’est avec fermeté qu’elle monta à la guillotine. Par inadvertance, elle marcha sur les pieds de son bourreau, mais c’est avec le ton d’une sincère politesse qu’elle lui dit : « Monsieur, je vous demande excuse, je ne l’ai pas fait exprès ! ». Ce furent ses dernières paroles.

Soudain prise dans le maëlstrom d’une tourmente révolutionnaire, une « petite archiduchesse qui ne pensant qu’à s’amuser » s’est, du jour au lendemain, métamorphosée en maîtresse femme prenant, seule , en main le sort de la royauté française. Elle focalisa ainsi sur elle-même la hargne du peuple avide d’un changement de Régime.

Ce portrait, actuellement au Château de la Malmaison, n’a été dressé qu’en 1851 ( !) par Alphonse François, d’après les documents d’un contemporain, Paul Delaroche. Conscient des réserves que cela peut induire, nous avons pris le parti de le considérer comme un témoignage direct.



 
 

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