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Nous sommes en
1958, Hergé a cinquante et un ans. Il est déjà
connu d’un large public.
1. La phase d’intuition
Nous ressentons sans difficulté une
vraie sensibilité. Son regard indique un esprit curieux avec
toutefois une légère fugacité protectrice.
Nous pouvons percevoir, par ailleurs, une subtile expression amusée.
L’ensemble révèle une énergie contenue
dont le déploiement est probablement contrôlé.
Fanny, sa seconde épouse, dit de lui1 : « Il était…
d’une sensibilité peu commune et d’une capacité
à contenir ses émotions, déconcertante…
sa nature méfiante lui imposait une manière de retrait
».
2. Le type morphologique
Hergé est un Longiligne affiné.
L’étroitesse et l’allongement prononcé
de son visage, la longueur du cou, la ligne tombante des épaules
corrélative d’une étroite cage thoracique et
sa svelte silhouette confirment l’appartenance à ce
type morphologique. Nous rappelons son tempérament de base
: « utilisation progressive de leur énergie, regard
sur la réserve, intensité contenue des émotions,
« mentalisation » du vécu, rapport sélectif
à la nourriture et apparente santé délicate.
». Nous rappelons sa vocation existentielle : « le monde
extérieur, étant donné mon hypersensibilité,
m’oppose des difficultés certaines ; en conséquence,
toujours sur la défensive, comment exprimer ce qui m’importe
le plus : « ma » spécificité. ».
En conséquence, la vie d’Hergé a du être,
consciemment ou non, animé par un seul but : parvenir à
exprimer, malgré son hypersensibilité de fond, sa
spécificité, en utilisant préférentiellement
ses racines et son quotidien. Nous pourrions lui énoncer
sa « vocation existentielle » ainsi : « Toujours
sur la défensive, étant donné votre vive sensibilité
de fond, comment arriver, malgré tout, au but central de
votre existence : exprimer votre spécificité
».
Par « exprimer sa spécificité
», il faut entendre : exprimer et développer au mieux
ce que l’on a de plus caractéristique. Nous avons un
second témoignage de la même interview : « Hergé
avait fait sienne cette phrase de Nietzsche : Deviens ce que tu
es » ; ce à quoi Fanny répond aussitôt
: « Décider de devenir ce qu’on est,
c’est se laisser à sa nature profonde … c’est
s’accepter… c’est un travail à l’envers
sur soi qui oblige à déboutonner sa cuirasse ».
Hergé a exprimé ce travail sur soi dans la création
de son œuvre. Son portrait morphologique doit nous montrer
pourquoi et comment elle en a été le vecteur central.
Pour le dresser, nous devons, méthode synthétique
oblige, inventorier les éléments qui caractérisent
son visage, puis découvrir l’antagonisme
central qui constituera la formule-clé de
son portrait. Commençons par discerner lesdits éléments.
3. Les caractéristiques morphologiques
de son visage
Elles laissent apparaître une hyposensibilité
en surface, facteur d’une importante réceptivité.
Par « importante », nous voulons dire qu’elle
ne se rencontre pas de façon aussi prononcée chez
la plupart des Longilignes affinés.
Elle s’objective par :
1- l’épaisseur des chairs,
2- l’arrondi du menton et de la mandibule,
3- l’expression douce du regard et un « tintinet »
rêveur,
4- les yeux inclinés « à la Greuze »,
5- le volume charnu du nez à sa base,
6- l’espace sous-sourcillier gauche qui recouvre, en s’abaissant,
la paupière supérieure,
7- un modelé de type ovale.
Or, paradoxalement, cette importante réceptivité
s’accompagne d’une tonicité du bâti
osseux. En effet, si ce visage est en surface très
réceptif, il n’est cependant pas atone. En effet, sous
les chairs réceptives, l’ossature du cadre
est solide. Le front, par exemple, est tonique, à la fois
dans son bâti osseux et dans son tissu peaucier. Nous pouvons,
à partir de ces éléments composer la formule-clé
du portrait, laquelle doit présenter, en termes strictement
morphologiques, un ou plusieurs antagonismes globaux.
4. La formule clé du portrait
Cette formule réside dans le jeu
qu’entretiennent, dans une dynamique antagoniste,
les trois caractéristiques morphologiques qui composent le
visage d’Hergé :
1) son importante réceptivité
de surface,
2) sa tonicité osseuse,
3) son hypersensibilité de fond.
Elles entretiennent entre elles une série
d’antagonismes que nous pouvons énumérer un
par un, pour mieux les distinguer :
- un premier antagonisme entre la réceptivité
de surface et l’hypersensibilité de
fond.
- un deuxième entre la résolution du premier et la
tonicité osseuse.
- un troisième entre la résolution du deuxième
et de nouveau l’hypersensibilité de fond.
Le jeu croisé de ces trois antagonismes
constitue la formule-clé du portrait. Elle
se résume à un jeu entre surface et profondeur, et
son développement nous livre la dynamique de sa personnalité.
Nous devrions ainsi trouver la nature du lien organique qui relie
celle-ci à son œuvre. C’est-à-dire montrer
que l’œuvre d’Hergé a été,
consciemment ou pas, le chemin royal pour exprimer sa spécificité.
5. La dynamique profonde de la personnalité
Attardons-nous sur la nature de chacun de
ces trois antagonismes. Le premier va faire d’Hergé,
au sein des Longilignes, affinés un cas à part.Que
va pouvoir nous apporter son portrait morphologique ?
Vous le découvrirez en lisant
son portrait morphologique complet (dans le livre "Visage,
corps et personnalité").
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